Créatures

créature Création  Fin 2012/ carte blanche Théâtre Du Grand Rond…
Un cabaret ovni pour passer la fin du Monde 2012 agréablement.
Avec : Sigrid Perdulas, Pierre Robert-Tissot et Alexandre Bordier
Vjing: Diana Berchtold
Du 31 Décembre 2012 au 05 Janvier 2013
Ce Projet nous a permis de créer divers numéros, notamment les prémices de ce qui allaient devenir nos deux solo (i).
Une nouvelle mouture est en reflexion interne avec deux musiciens supplémentaires
Projet 2015/2016.
Si cela vous intéresse, contactez nous…
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Actualité critique du spectacle vivant / Grand Toulouse

Créatures Théâtre du Grand Rond

Born to be wild

Publié le 05 Janvier 2013 

Après Marie-Glawdys et Max-Paul Expérience (accueilli à plusieurs reprises au Grand Rond, en novembre dernier encore), et Lux Interior (spectacle/concert punk-à-clown), le Bestiaire à Pampilles remet le couvert cette semaine avec Créatures. Ce « cabaret clownesque » a spécialement été créé pour le passage à la nouvelle année, histoire d’enterrer 2012 comme il se doit, c’est-à-dire dans une joyeuse loufoquerie. Créatures est également l’occasion, pour le bestiaire composé de Sigrid Perdulas, Alexandre Bordier et Pierre Robert-Tissot, de mêler les genres. Le cabaret s’ouvre d’ailleurs frontalement sur un instrumental façon tambours du Bronx… Le ton est donné.« Un cabaret… pourquoi donc ? 

Est-ce que ça n’a pas déjà été fait ? »

Dès les premières minutes du spectacle, c’est la question qui est posée sous forme de chanson/rap par ce trio improbable. Oui, après tout, c’est vrai… Pourquoi du cabaret ? pourrait-on s’interroger. Tout n’a-t-il pas déjà été visité ou exploré ? Ne risquerait-on pas de tomber dans la redite, le déjà-vu, le « ah oui, c’est pas mal, mais bon… » ? Le trio se présente. Il y a d’abord Max-Paul, sorte de dandy dyslexique et maladroit, qui a toutes les peines du monde à maîtriser ses onomatopées et autres calembours involontaires. Puis Marie-Glawdys, tour à tour femme fatale avec sa basse en bandoulière, médium (« un médium… oui, mais de grande taille »), ou jeune femme mal assurée qui bredouille au micro « si je suis là, c’est d’abord pour échapper à moi-même ». Et enfin Cheyenne, présenté comme l’ami américain, digne fils spirituel d’Elvis Presley et de Tom Jones réunis, tendance kitsch La croisière s’amuse. Bienvenue à bord de ce cabaret, donc, où même les techniciens son-lumière-régie plateau sont en costumes d’animaux étranges.
Le spectacle est difficilement résumable, tant les tableaux successifs relèvent d’univers différents. Un numéro de médium, des yeux qui pensent à haute voix, des parodies d’Elvis (« I love confit de canard »), une performeuse au ralenti sur un titre énervé du groupe Sloy, un concerto de petites cuillères (« Je pense, donc je suisse »). La liste est encore longue, et ce fameux bestiaire touche à tout. Mime, clown, musique, pastiche, performance, l’éventail est hétéroclite. Un trio à la tignasse rousse plus qu’imposante va jusqu’à reprendre Like a virgin de Madonna, entre gospel et country. Ce bestiaire s’offre aussi le luxe – tout relatif –  de l’allumage d’une mini-fusée allant d’un bout à l’autre de la salle. Il y a également ce batteur étrange, à la chevelure très « câblée ». L’humour est absurde, très décalé, puis de plus en plus déjanté à mesure que défilent les personnages joués par les trois hulurberlus.

« Où tout ne veut rien dire… mais où chaque chose a un sens » (?)

La réputation foutraque des créations du Bestiaire à Pampilles n’est plus à prouver. Le spectateur est prévenu à l’avance ; « ça ne veut rien dire, mais… ». Et c’est ce « mais… » qui réserve bien des surprises. La trame initiale – un cabaret où il serait question d’animalité, d’inconscient et d’instinct – n’est finalement qu’un prétexte. L’attention se focalise sur les personnages que sont Cheyenne, Marie-Glawdys, et Max-Paul ; beaucoup moins sur les animaux (costumés) proprement dit, qui sont effectivement présents en fil rouge, mais qui deviennent secondaires. En définitive, les fameuses Créatures de ce cabaret sont les trois clowns, tous entravés dans des situations aussi ridicules et baroques les unes que les autres. L’affiche du spectacle (un chimpanzé au milieu d’étoiles) pourrait induire en erreur sur ces Créatures : il s’agit de monstres (du latin monstrare, montrer) humains, plutôt que de créatures animales sorties d’un zoo.
Côté jeu d’acteur, les comédiens se mettent en danger, se laissent allègrement bousculer par les réactions du public, donnant l’impression d’une réelle interactivité. Le spectateur est de ce fait sur le qui-vive, il ne sait pas à quoi s’attendre de la part de ces énergumènes. Sont-ils capables de déborder ? Quels sont leurs limites ? Il suffit d’un rire, d’une pichenette, d’un bégaiement, pour voir la folie ou l’excentricité fissurer l’assurance du personnage-clown. Ces failles apparaissent d’autant plus nettement que le jeu est précis, maîtrisé jusque dans ses improvisations ou ses maladresses.
Ces écarts de comportements vis-à-vis de la norme sont vivifiants à voir, tant cette liberté du clown percuté par l’instant présent est jouissive.
Un cabaret inclassable et ébouriffant. ||

Marc Vionnet

Marc Vionnet

Marc Vionnet – Le clou dans la planche
ThéâtreCréatures
Compagnie : Le bestiaire à Pampilles